Certains parcours entrepreneuriaux se construisent en ligne droite. D'autres empruntent des chemins moins balisés, entre héritage familial, intuition du terrain et sens du timing. Celui de Jean-Thomas Trojani appartient clairement à la seconde catégorie. Né le 16 juin 1977, il a bâti en moins de vingt ans un groupe de seize entreprises, 80 collaborateurs et un chiffre d'affaires de 75 millions d'euros (source : Pappers). Le tout en partant d'un constat simple : la Corse manquait de promoteurs capables de porter des projets ambitieux et de qualité.
Retour sur un itinéraire qui mène du BTP familial insulaire aux bureaux du 4 rue Balzac, dans le 8e arrondissement de Paris.
Jean-Thomas Trojani a grandi dans une famille ancrée dans le BTP corse. Ce n'est pas un détail anecdotique. L'immobilier, il l'a d'abord vu depuis les chantiers avant de le penser depuis un bureau. Cette proximité avec le terrain va marquer durablement sa manière d'entreprendre.
Avant de se lancer, il passe par l'Université de Caen Normandie puis par l'IRCE. Un parcours de formation qui l'éloigne temporairement de l'île, mais qui lui apporte les outils nécessaires pour structurer ce qui deviendra bien plus qu'une simple entreprise de promotion.
D'ailleurs, ce passage par le continent est un trait commun chez les entrepreneurs corses qui réussissent : ils partent, se forment, puis reviennent avec une vision élargie. Jean-Thomas Trojani n'a pas dérogé à cette règle.
Tout commence entre 2008 et 2009. Jean-Thomas Trojani crée Corsea Promotion avec une approche pragmatique : acquérir des permis de construire sur des terrains bien situés. Pas de grands discours sur la vision à trente ans. Du concret. Des terrains. Des permis.
Il travaille dès le départ avec sa soeur Pascale Trojani, qui devient co-gérante de Corsea Promotion. Cette dimension familiale n'est pas qu'un choix affectif. Elle garantit une continuité dans les décisions et une confiance qui, dans le secteur immobilier corse, vaut de l'or.
Concrètement, le pari de Corsea reposait sur une conviction : la Corse avait besoin de logements de qualité, conçus par des acteurs qui connaissent vraiment le territoire.
Les premières résidences sortent de terre en 2012. Et pas n'importe comment. Corsea Promotion livre le premier programme BBC de Corse. Un choix technique audacieux pour l'époque, surtout sur une île où les coûts de construction sont plus élevés qu'en métropole continentale. Mais le raisonnement tient la route : la performance énergétique protège la valeur patrimoniale du bien et répond à des exigences réglementaires qui ne feront que se renforcer.
Ce qui distingue Jean-Thomas Trojani de beaucoup de promoteurs, c'est sa volonté de maîtriser l'ensemble de la chaîne. Entre 2013 et 2014, il crée coup sur coup Corsea Immobilier, Corsea Courtage et Maisons Corsea. L'idée est limpide : contrôler la promotion, la commercialisation, le courtage en crédit et la construction individuelle sous un même toit.
Le problème, c'est que l'immobilier corse était historiquement fragmenté. Chaque maillon de la chaîne avait ses acteurs, ses marges, ses délais. En intégrant verticalement, Corsea réduit les intermédiaires et gagne en réactivité. Pour l'acquéreur, cela se traduit par un parcours simplifié et des délais mieux tenus.
Pour une vue complète sur l'évolution du groupe insulaire, on peut consulter l'histoire de Corsea et de sa construction progressive.
En 2015, une opération change d'échelle. Corsea participe à l'acquisition de l'ancien Club Med de Sant'Ambroggio pour 26 millions d'euros, aux côtés de la CEPAC et d'Inovalis. Un projet d'envergure qui positionne le groupe comme un acteur capable de mobiliser des financements importants et de mener des opérations complexes.
Avril 2014. Jean-Thomas Trojani installe un siège au 4 rue Balzac, dans le 8e arrondissement de Paris. Pour un promoteur corse, le signal est fort. Il ne s'agit plus seulement de bâtir sur l'île. L'ambition est nationale.
La première opération parisienne ne tarde pas : Le Clos Saint Séverin, dans le 5e arrondissement. Un programme en plein Quartier Latin. Le choix de l'emplacement dit beaucoup sur le positionnement recherché. Pas de projets en grande couronne. Du coeur de Paris, avec ce que cela implique en termes de foncier rare et d'exigences architecturales.
En 2016, la structuration se poursuit avec la création de Constructys et Technitys, deux entités dédiées respectivement à la construction et à l'ingénierie. Résultat : le groupe dispose désormais de compétences techniques internalisées qui lui permettent de piloter ses chantiers de A à Z.
2018 marque un tournant. Jean-Thomas Trojani lance Promea, une structure dédiée à la promotion immobilière en Ile-de-France. Le projet est calibré pour produire 300 logements par an, avec 20 millions d'euros de fonds propres injectés dès le départ.
Ce n'est pas une simple extension de Corsea. Promea a son identité propre, ses équipes dédiées et un positionnement spécifique sur le marché francilien. Pour donner du poids à cette ambition, Jean-Thomas Trojani s'entoure de profils expérimentés :
Autrement dit, le groupe s'adosse à des profils qui connaissent le financement immobilier, les montages complexes et les exigences du marché parisien. Ce n'est pas un hasard si ces trois recrues viennent du monde bancaire et de la promotion : elles apportent la crédibilité nécessaire face aux partenaires financiers.
Quand on regarde les chiffres aujourd'hui, le chemin parcouru depuis 2008 est considérable. Selon les données Pappers, le groupe totalise 16 entreprises, 80 collaborateurs et 11 agences. Le chiffre d'affaires atteint 75 millions d'euros.
Ces chiffres ne sont pas qu'une question de taille. Ils reflètent un modèle économique qui fonctionne : chaque entité a un rôle précis dans la chaîne de valeur, de la recherche foncière à la livraison, en passant par le financement et la commercialisation. Peu de groupes immobiliers de cette taille parviennent à maintenir ce niveau d'intégration sans perdre en agilité.
Il est vrai que cette multiplication d'entités peut sembler complexe vue de l'extérieur. Mais elle répond à une logique opérationnelle claire : chaque filiale correspond à un métier distinct, avec ses compétences et ses contraintes réglementaires propres. Et c'est précisément cette spécialisation qui permet au groupe de tenir ses engagements sur des projets de nature très différente.
Le parcours de Jean-Thomas Trojani ne s'arrête pas à la promotion classique. En 2025, de nouvelles structures apparaissent qui dessinent les contours d'une diversification réfléchie.
Le Groupe Inovaco porte cette nouvelle dynamique. Deux projets en particulier retiennent l'attention : Alba Solaire, positionnée sur le photovoltaique, et Bati'Renov Corsica, dédiée à la rénovation énergétique. Le lien avec le coeur de métier est évident. Un promoteur qui a livré le premier BBC de Corse s'intéresse logiquement à la production d'énergie renouvelable et à la réhabilitation du parc existant.
Cette orientation vers les énergies renouvelables et la rénovation n'est pas un effet de mode. La transition énergétique du bâtiment est un sujet structurel, particulièrement en Corse où la dépendance aux importations d'énergie reste forte. En se positionnant sur ces créneaux, Jean-Thomas Trojani anticipe une demande qui ne fera que croître dans les prochaines années.
Mais les fondamentaux restent les mêmes : connaissance du terrain, verticalité des métiers, capacité à mobiliser des financements solides. Le site du Groupe Corsea donne un aperçu de cet écosystème et de ses réalisations.
De la Corse à Paris, du BTP familial au photovoltaique, le parcours de Jean-Thomas Trojani illustre une certaine manière d'entreprendre dans l'immobilier. Pas de rupture brutale ni de pivots spectaculaires, mais une construction méthodique, étape par étape, en s'appuyant sur ce qui fonctionne avant d'élargir le spectre. Avec 16 entreprises et des positions établies sur deux marchés complémentaires, le groupe qu'il a bâti dispose aujourd'hui d'une assise solide pour aborder les prochains cycles immobiliers.